Pissarro-Bernard
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Biographie Camille Pissarro-Bernard < Retour accueil

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Un plaisir en vaut un autre, ce sera pour moi une nouvelle manière de vous faire découvrir un membre méconnu de la famille Pissarro, un membre féminin, qui est toujours restée dans l’ombre de cette illustre famille et qui aura réussi la diffusion de ses oeuvres aux quatre coins de la planète.

 

Camille-dit-Kikitte

De Camille Pissarro à l’un de ses fils Georges Manzana-Pissarro qui de son union avec Amicie Brecy, est née Camille dit « kikitte », cette naissance le 11 avril 1900 aura une issue très particulière.

 

De la volonté de son père Georges, son épouse ira accoucher à Saint Helier, Île de Jersey en espérant que ce soit un fils ce qui lui éviterait, croyait-il, de faire la guerre, nous connaissons la suite de ce siècle.

 

Et, à la surprise générale, ce fut la naissance d’une fille qui fera le bonheur de la famille.

 

NAISSANCE, L’ÎLE DE JERSEY

 

Se trouver au chaud dans le ventre de sa maman pour la traversée entre St Malo et l’île de Jersey en 1899 et naître à St Helier, voilà une gageure pas facile à relever et qui vous forge un homme, oh, pardon une femme.

 

La traversée du retour ne sera pas de tout repos et certainement donnera à « kikitte » Pissarro cette volonté et cette hargne qui l’accompagneront toute sa vie, mais nous n’en sommes pas là.

 

Nous sommes en 1900, en ce mois d’avril, retour en France au pays de son illustre grand père. Camille qui va la cajoler de tout son amour en cette région du département de l’Oise qu’est la petite ville d’Eragny-sur-Oise.

 

NAISSANCE ET MARIAGE

 

George Manzana-Pissarro, après cette naissance, décide en seconde noce, de se marier avec Amicie Brecy ce qui ne sera pas du goût de sa mère Julie et qui cause bien des soucis à son père Camille qui n’aime absolument pas les conflits familiaux.

En ce mois de Mai où toute la nature donne tous ses atouts, la petite grandit au bord de l’Oise entourée de toute la famille.

Ces moments sont difficiles, la peinture se vend mal, et malgré cela tout le monde se bat pour espérer des jours meilleurs.

 

ERAGNY SUR OISE À MORET SUR LOI

 

Peinture Pissarro-Bernard

Changement de direction et déménagement de la famille Manzana-Pissarro qui s’installe à Moret sur Loing, on calme le jeu sur le plan familial et dans la sérénité d’une nouvelle maison l’on recherche d’autres horizons, d’autres décors, une nouvelle nature toujours aussi florissante, Loing comme l’Oise terminent leurs courses dans la Seine et dans cette direction Georges, le père de « Kikitte » , décidera de suivre son courant pour se retrouver à Paris pour y créer son atelier, se rapproche de Durant-Ruel et de la famille Bernheim, les biens connus sur la place de Paris, grands amateurs d’art mais aussi fins commerçants. La famille vit mieux,« Kikitte » a maintenant 2 ans.

 

PISSARRO, MANZANA À MORET SUR LOING

 

Au bord du Loing, la vie est paisible, Camille est venu à Moret avec Julie , ils sont très heureux de revoir la petite fille ainsi que sa belle fille Amicie. Le climat familial s’est réchauffé et devant tant de bonheur, ils ne peuvent qu’y participer, bien évidemment Camille, le grand-père en est l’instigateur.

Georges et son père vont planter leurs chevalets dans la nature , Loing comme les environs de l’Oise les inspirent. Un été s’annonce radieux, ce qui incite Camille à partir pour Dieppe, toujours pour la création de nouvelles oeuvres.

 

HAUTE-NORMANDIE

 

En cet été 1903, les côtes de Normandie sont le dernier rendez-vous pour Camille, toujours et toujours à la recherche d’effets si particuliers.

Les nuances, les reflets de cet horizon, qui peuvent changer à tout moment, vous apportent toutes les variétés de lumière, d’atmosphère si particulier de cet océan, les couleurs de l’arc en ciel, voilà ce qui sera sa recherche pour lui et ses fils, de Dieppe à Honfleur, du Havre à Sainte-Adresse. Dans son coeur, c’est toujours de veiller que chacun de ses enfants et ses 10 petits enfants soient les plus heureux.

 

DE NORMANDIE À LA MÉDITERRANÉE

 

Camille Pissarro

L’air de la mer, les embruns sont autant de changement dans cette volonté de Camille Pissarro, de voir ses fils le rejoindre et à chacun de faire venir la famille pour que les enfants profitent de cet air vivifiant venant du large, de cet océan qui peut tout vous apporter ou tout reprendre, vous comprendre ou vous énerver. Le calme de Camille est inébranlable, son travail, sa création, sont un tout. Mais jamais, il n’oubliera sa famille, guider ses fils et donner son avis sur leur réalisation.

 

« Kikitte » est toujours partagée entre Moret et Eragny, son père Georges voyage beaucoup et décide un départ vers le sud, Marseille, Martigues en compagnie de son frère Rodolphe, son enthousiasme est de mise, écrit-il à son père, que la nature est belle, rayonnante et somptueuse, entre les figues, les raisins, les pèches et les melons, et surtout, et surtout la bouillabaisse, que demander de plus à ce midi qu’il découvre et apprécie. Au bord du Loing,« Kikitte » vit sa première vie d’enfant dans l’insouciance de ses 3 ans et ne se doute pas des grands bouleversements qui jalonneront ces deux prochaines années.

 

Accompagnée de sa maman Amicie, en attente d’un petit frère ou d’une petite soeur,« Kikitte » fleurit sa maman des fleurs sauvages qui sont à la portée de ses petites menottes, la cueillette est fructueuse et le regard de sa maman en dit long sur la complicité qui uni ces deux êtres. Papillons qui volent, virevoltent égaie sa petite bouille de petite fille, et pendant ce temps son père, au loin, travaille d’arrache pied.

 

Georges, Amicie et « Kikitte », qui attend avec impatience un petit frère ou une petite soeur, recevoir des nouvelles du père et grand-père Camille est toujours une joie, et pourtant, en ce mois de septembre 1903 et la fin du séjour au Havre, les éléments se déchainent, les déferlantes inondent le port et l’ouragan en guise d’au revoir, un adieu à la Normandie et l’océan Atlantique. Revoir son grand-père, si attachant et si mystérieux avec sa longue barbe blanche sera toujours pour« Kikitte » une énigme, comprendre ce qu’il est et ce qu’il représente pour nombre de ses amis.

 

AUTOMNE 1903 ENTRE DEUIL ET NAISSANCE

 

Peinture Pissarro-Bernard

Le cimetière du Père Lachaise se referme et les dernières feuilles de l’automne donnent le dernier signe d’un hiver avant coureur et rigoureux, la famille Manzana-Pissarro s’agrandit, « Kikitte » n’est plus seule, une petite soeur est née, elle s’appellera Marthe dit Yaya.

Cette arrivée n’est pas sans conséquence sur la santé de sa maman Amicie, après le grand-père Camille voilà une autre épreuve qui se profile à l’horizon. Chaque enfant de la famille doit choisir sa voie, au fur et à mesure du temps tout le monde se disperse entre Paris, Londres, et le sud de la France.

 

Au printemps 1904, « Kikitte » et sa soeur Yaya perdent le bien le plus précieux, leur maman, dans ce désarroi le plus total, les tantes vont prendre, pour un temps, le relais pour accompagner ses enfants que la vie n’épargne pas dans les épreuves. Georges Manzana-Pissarro, leur père, va refaire sa vie par un troisième mariage.

 

LA FAMILLE MANZANA-PISSARRO S’AGRANDIT

 

La vie à 4 ans de « Kikitte » est suivie de grands bouleversements, par le mariage de son père et la naissance successive de frère et soeurs.
La famille agrandie, 5 enfants à éduquer et nourrir, voilà un nouveau défi que Georges et sa nouvelle épouse Blanche doivent relever, rien ne sera facile, surtout que le nouveau style choisi par Georges Manzana-Pissarro sera très particulier , entre les pochoirs, la peinture à l’huile.

« Kikitte » aura des difficultés à s’adapter à ce changement de vie. Son esprit de grande liberté n’ira pas sans conflits avec sa belle-mère. Etre l’ainée d’une famille recomposée que de défits à relever.

Pour éviter, le croit-il, cette tension constante, son père décide que le meilleur pour sa fille« Kikitte », alors âgée de 10 ans, est de continuer ses études en internat, les bonnes soeurs qui plus est, ne la ménageront pas . Pourtant c’est là,au milieu du système religieux très rigoureux de l’époque, qu’ elle va s’épanouir, se découvrir et que ses premiers dessins verront le jour, au grand bonheur de la soeur Marie qui la prendra sous son aile protectrice.

 

ÉTÉ 1912

 

L’année scolaire se termine, une certaine appréhension pour ce retour à la maison est palpable et pendant ce temps, à Stockholm, les Jeux Olympiques battent leurs pleins.

Comme dans le sport,« Kikitte » est décidée à creuser son sillon dans une autre discipline, la peinture, la broderie. Les places sont chères, chacun veut sa petite ou grande réussite, du père,des oncles, des tantes.

Attendre de grandir encore et encore , écouter, regarder, découvrir ce que chaque artiste crée dans le style qui est le sien et ensuite se lancer sans retenue dans un esprit de liberté, de créativité,« Kikitte » n’est pas bélier pour rien, elle a décidé que rien ne l’arrêterait.

 

AMOUR AVEC UN GRAND A

 

Jules-Francois-Bernard et Camille Kikitte-Pissaro

Dans cette période très troublée des années 1914 à 1918, vivre à la campagne est la meilleure solution, le potager permet de nourrir la famille, le lavoir, la débrouille est de mise, les oeuvres du père Georges ne sont pas pas facile à vendre alors que la famille s’agrandit encore.
« Kikitte » se pose beaucoup de questions, devant tant de bouleversement que faire, attendre ou partir, voler de ses propres ailes, pour le père, il n’en est pas question, elle est trop jeune, les temps sont durs, il faut attendre.
Dans sa vingtième année, un homme d’age mur va changer sa vie, toujours dans le milieu artistique, un peintre de grand talent, Jules François Bernard (voir son site internet dédié), de 18 ans son ainé, qui va lui donner des ailes et ses lettres de noblesse, devenir une femme à part entière.

L’arrivée de cet homme bouleverse les choses établies surtout que la différence d’age n’est pas du gout de tout le monde et les ragots vont bon train.
« Kikitte » n’en a cure, son coeur a basculé et sa virginité avec, l’amour est plus fort que tout, elle quitte la maison familiale et le mariage est programmé pour le 23 mai 1922, en mairie du 14 ème arrondissement de Paris.

 

PARIS, NOUVELLE VIE, NOUVELLE CRÉATION

 

Peinture Jules François Bernard

Les nouveaux époux se sont installés au 39 du bd Saint-Jacques dans le 14ème arrondissement de Paris, ils sont heureux, lui, Jules François Bernard d’avoir retrouvé l’amour et « Kikitte », avec la complicité de son mari d’aller de découverte en découverte.
Beaucoup d’oeuvres seront la réussite d’une collaboration dans la créativité comme cette peinture à gauche de Jules François Bernard.

 

BRODERIE TAPISSERIE

 

La broderie est un travail de création, d’intuition, de longue haleine, la perspective est d’autant plus difficile à réaliser que les heures et la fatigue ne se comptent pas.

Pourquoi, choisir cette voie lorsque l’on a seulement 22/25 ans ?

 

Avec son mari, ce créateur né, la doublure est réelle et les commandes affluent, les femmes dans cette période 1920-1930, aiment la finesse mais aussi une oeuvre qui ne ressemble à aucune autre, entre la nature qui émerveille et les oiseaux qui virevoltent, les fils de laine et de soie se mêlent, s’entremêlent à foison. Des oeuvres de plus en plus complexes lui seront demandées et « Kikitte » ne lésinera pas, s’attachera à la tâche avec ardeur et détermination.
Ce petit bout de femme avancera sans faire de vague, en creusant son sillon, sans faire de vague,sans demander quoi que soit à personne, et pourtant elle se fera remarquer par un travail de qualité .

 

PARE-FEU GRANDEUR NATURE DE K.PISSARO-BERNARD

 

Camille-Pissarro-Bernard

Nous sommes en 1928, à 28 ans, « Kikitte » manie avec dextérité aussi bien le pinceau que l’aiguille, ce pare-feu en est un exemple, une commande très spéciale qui va lui ouvrir d’autres portes, tout aussi importante, vers les musées privés et nationaux.

 

MUSÉES NATIONAUX ET PRIVÉS

 

Tapisserie Pissarro-Bernard

La dextérité de « Kikitte » Pissarro dans le maniement de l’aiguille va lui ouvrir des portes inattendues, le bouche à oreilles travaille à la perfection, à sa grande surprise, on lui propose de participer à la restauration de certaines tapisseries dont le poids des ans, déjà en 1928, donne des signes de fatigue.
Entre la trame pour certaines, en toile du jute et de lin, sont d’un poids non négligeable, elles lui seront livrées à domicile 4 square Desnouettes Paris 15ème, sur une charrette.
Pour cette frêle mais agile petite femme, une nouvelle aire commence, qui durera 5 à 7 ans, la réfection de ces joyaux qui sont toujours, en ce 21ème siècle, visibles de tous et qui au fil des ans ont une valeur inestimable.

 

UNE NOUVELLE VIE

 

Une nouvelle étape est franchie, par la force des choses et des évènements mondiaux, une nouvelle vie va commencer, pourquoi ? comment ?
Une naissance au bord de l’Atlantique, une autre au bord de la Seine et maintenant on fait ses bagages pour un autre continent, rien à voir avec ce vécu, tout est bouleversé, tout sera transformé, ce qui provoque des tensions non négligeables, entre le mari et son père, chacun voit midi à sa porte, et pourtant, ils ont une approche de l’art bien différente,« Kikitte » n’en a cure, elle fait ce qu’elle a envie et crée à la demande, au gré du vent et du temps, que faire d’autre, sinon se résigner au bon vouloir du père, Georges Manzana-Pissarro ou de son mari, Jules François Bernard, pas du tout, elle sait ce qu’elle veut et le fera bien sentir, un petit bout de femme qui a du caractère, de la détermination et de la volonté, n’oublions pas que nous sommes dans les années 1930 à 1940, nous sommes dans un monde d’hommes, la femme doit se ranger, écouter, se soumettre et bien plus est quand on se retrouve en Afrique du Nord.

Casablanca, la Blanche, 166 Rue Blaise Pascal, voilà sa nouvelle adresse, sa nouvelle demeure. La douleur est immense, le dépaysement total, et pourtant il faut s’adapter, il faut travailler, créer.

Les nouvelles d’Europe sont alarmantes, le bruit de bottes de plus en plus menaçant, les nouvelles de la famille, pratiquement nulle.

Partir, voilà un mot qu’elle ne voulait pas entendre, et pourtant, la choc entre l’océan Atlantique et la mer méditerranée sera d’actualité, présent à tous les instants.

 

Etre reconnue et appréciée par les français et les musulmans, pourquoi pas ?

 

Comme elle le disait si bien, j’aurai tout connu dans ma vie, le beau, l’amour, les joies et les peines et pourtant son périple ne s’arrêtera pas là. Sacré bonne femme.

 

PARIS MARSEILLE LIBERTE CASABLANCA

 

Peinture Pissarro-Bernard

Arrivée de Paris direction Marseille pour se retrouver à Casablanca rue Blaise Pascal, ce mathématicien, physicien, philosophe, moraliste, théologien, est un fardeau lourd à porter, surtout que cette rue se trouve entre les boulevards de Paris, de Marseille de la liberté.

 

Avec se semblant de liberté retrouvée, pour « Kikitte » Pissarro-Bernard, il faut penser à tout, réfléchir, comprendre, se faire comprendre, se faire accepter, sortir de l’ombre et vivre de son savoir faire, c’est à dire créer.
Pendant toutes ces années, qui vont de 1939 à 1954, énormément d’oeuvres seront crées et vendues, malheureusement, je n’en connais aucune, un petit message si vous êtes né à Casablanca pendant cette période et que vos parents ou vous, avez connu Me Bernard, faites moi un signe en me contactant, je serais ravi de les connaître.

La concurrence a été rude entre son père Georges Manzana-Pissarro et« Kikitte », beaucoup de commerçants et surtout un antiquaire de la même rue lui ont apportés leurs aides, la convivialité et surtout sa gentillesse était connue de tous, Madame Bernard part ci, Madame Bernard part là et voilà la notoriété dans tout CASA connue.

 

En 1953, les évènements et les risques d’insurrections commencent à l’inquiéter, va-t-on vers une nouvelle guerre ou un nouveau départ précipité, elle y pense sérieusement, surtout que l’on parle de plus en plus d’indépendance du Maroc.

 

En 1954, l’indépendance du Maroc se précise, « Kikitte » décide que le temps est venu de partir, ce petit bout de femme, 1m60 pour 54 kilos, doit choisir, ou, quand comment, quand on a connu un tel climat, rien ne vous dispose à un retour vers Paris. Son père est installé à Menton, la région lui convient très bien, alors elle choisit Nice, son dernier point d’attache.

 

De 1954 à 1989, son plaisir sera la brocante, on chine, on découvre, on revend, surtout qu’il n’est pas très loin, le long du Paillon, ou les lavandières vont et viennent pour laver leurs linges, et oui le Paillon n’est toujours pas couvert, le palais des Expositions, n’existe pas, et peu d’habitations construites, il y fait bon vivre, et la nature a encore ses raisons de vivre des moments de bonheur.

 

LE PALAIS ROSE

 

Voilà son dernier parcours qui a pris fin en 1989, je vous aurai aidé à mieux comprendre ce que fut la vie de cette femme d’exception, qui aura effectué un chemin difficile mais que sa volonté et sa détermination auront permis de franchir les obstacles de la vie. Des centaines d’oeuvres resteront à jamais la marque indélébile de sa grande créativité !